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La pelote est une métastase. Elle colonise tout votre intérieur, s’immisce dans les malles, les tiroirs, les armoires tandis que les aiguilles font déjà le siège des coins et recoins sous l’œil écrasé des étagères soutenant les livres de tricot.

 

 

 

La pelote se vend le plus souvent à l’unité.

 

Elle se stocke par paquets.

 

Elle s’ajoute à la pile de fils poilus, aux boules de coton ou d’alpaga, aux lots en solde (c’est une affaiiiiiiiiiiiiiiiiiiire), aux chères acquisitions (dans les deux sens possibles souvent : l’achat compulsif de laine, qui possède la magnifique vertu de vous délasser, est celui qui vous soulage le mieux de votre pesante monnaie), pelotes douces, chatoyantes…tiens, plongez la main dans votre malle à pelotes….

 

 

 

La malle débordante de désirs… car la pelote est une envie, un objet en devenir, un objet qui n’arrive pas, elle reste au fond de la malle, oubliée ou jalousement préservée…pour rêver…

 

 

 

Toujours est-il que la pelote fait du gras. Elle s’agglutine aux autres pelotes, témoignant de votre caractère irresponsable (confesseront certaines, pliant sous le poids de la culpabilité, portant plus péniblement leur manie que l’autre sa croix) ; caractère léger (souriront d’autres, gais pinsons l’aiguille à la main) ; ou alors passionné (affirmeront gravement les dernières, pour qui le bonheur est dans la pelote)

 

 

 

Je ne peux pas dire du mal de mes pelotes. Je ne peux pas dire qu’il y en a trop. Je refuse de ne plus en acheter, c’est quoi ces conneries, d’abord. On travaille, on élève des enfants, on prépare des concours et promène le chien, on salit et lave puis range et salit et lave puis range la vaisselle, on ne dort pas assez, de toute façon j’ai décidé que je dormirai quand je serai morte, bref, on n’aurait pas le droit, le soir d’ouvrir sa grosse malle qui déjà ne ferme plus et d’être contente ? Ou de traîner dans les granges à laine ? Je suis contre le Yarn Diet. A bas le Yarn Diet. A bas la culpabilité.

 

 

En revanche, mes pelotes, je suis sensible à leurs petits cris étouffés, dans ma malle ; celles qui ont le plus d’ancienneté gémissent et réclament leur tour. Elles n’ont que faire d’être mes petits objets qui décorent le fond du panier et me font sourire ou soupirer. Elles VEULENT changer d’air. Elles veulent accomplir leur destinée et devenir des FO  à leur tour.

 

 

 

Et que dire de la pelote qui reste (- quel expression affreuse et pourquoi pas vestige, décombres, détritus tant qu’on y est) ; elle n’aurait pas le droit de devenir un petit bonnet, déjà qu’elle n’a pas eu sa place dans le cardigan ? Mon cœur de femme-à-pelotes (comme il y a des femmes à barbe et des femmes à chats) est transi à cette seule idée.

 

 

 

Ainsi, Eradiknittons. Instaurons, entre nos doigts, un ordre de lissage de nos belles entortillées plus équitable. Plongeons dans les abîmes du stock. Débordons d’idées pour accommoder les pelotes complémentaires (un peu de politiquement correct, puisque, paraît-il le tricot est dans l’air du temps) et surtout, faisons de la place dans nos malles. Car les Knit-orders arrivent.

 

(Chic !)

                                                                                                                                                                                            

                                                                                                                     

Ceci tient lieu de Manifeste d'Eradiknit. Tout tricot qui veut s'en réclamer est le bienvenu.